La Russie, l’Europe et Guy Mettan

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Détester la Russie, vous, moi? On en admire la culture, on en déplore les exodes touristiques massifs, on se souvient qu’elle avait incarné pour beaucoup l’espoir d’un monde plus juste avant de devenir le spectre de la terreur, on se rappelle la conquête de l’espace, les maillots siglés CCCP, et le front de Gorbatchev aussi célèbre que le torse nu de Poutine.  

Du plus trivial au plus vital, les heurs et malheurs de la Russie rythment notre propre histoire. Est-ce parce qu’elle nous est si proche qu’elle peut si bien enflammer nos enthousiasmes et  exacerber nos déceptions? Ou ce qui nous échappe en elle – et sa puissance – nous inspirent-ils cet amour-haine que nous réservons, sinon, aux seuls Etats-Unis?

Guy Mettan, historien et journaliste, retrace dans un ouvrage fascinant l’histoire complexe des rapports entre l’Europe et la Russie, et les raisons pour lesquelles la première trouve toujours si facile, souvent sans grand souci d’objectivité, de pointer du doigt la seconde.

Que l’on ait sur la Russie actuelle un quelconque avis ou qu’elle nous inspire un haussement d’épaule, il est difficile de l’ignorer: autant alors s’informer du mieux possible, ce qui n’est jamais inutile. Surtout lorsque l’information est portée par la plume de Guy Mettan, ardent combattant des préjugés.


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Extraits (chapitre I)
Russie-Occident: une guerre de mille ans, de Guy Mettan, Éditions des Syrtes, 2015

« Savez-vous ce qui, en Occident, distingue les kremlinologues des sinologues? Les sinologues aiment la Chine tandis que les kremlinologues détestent la Russie. » Plaisanterie russe

« Pourquoi blâmer quelqu’un pour rien alors qu’on peut blâmer la Russie pour tout? » Sergey Armeyskov, « Le rasoir du capitaine Obviov », Russian Universe Blog

Comment aborder la Russie? Comment décrire ce pays impossible? Ces questions, tous les voyageurs, diplomates, commentateurs, espions et journalistes qui arpentent le sol russe depuis cinq siècles se les sont posées. Sans jamais trouver les bonnes réponses.

Même les Russes n’y sont pas parvenus, eux qui, à chaque génération, se demandent: qu’est-ce que la Russie? et se déchirent la poitrine pour savoir s’ils sont européens ou asiatiques. Ils s’y sont pourtant essayés sans ménager leurs forces. Sans aucun succès. Certains ont prétendu qu’ils avaient le coeur en Occident et qu’il fallait donc extirper toute trace de Tartarie de leur âme, tandis que d’autres, au contraire, ont voulu souligner les vertus d’une slavitude surgie des profondeurs des steppes d’Asie.

Aucun des deux groupes n’a réussi à convaincre. Ni les occidentalistes, réduits à lécher les bottes d’un Occident qui les rejette la plupart du temps, ni les slavophiles et leurs successeurs « eurasiatiques », condamnés à ressusciter sans espoir le mythe d’une âme slave libérée de toute impureté extérieure, ne peuvent gagner pour la bonne raison qu’ils sont hémiplégiques: la Russie n’est ni l’Europe ni l’Asie. Ou plutôt elle est l’Europe et l’Asie.

Si la Russie n’est ni d’Occident ni d’Asie, est-ce une raison pour la détester et la présenter constamment comme le font la plupart des journalistes et des « experts » occidentaux, comme un suppôt de la barbarie, de la tyrannie, de la réaction, de l’expansionnisme? Non, bien sûr, direz-vous. Ce n’est pas parce que la Russie est difficile à comprendre qu’il faut la caricaturer et l’interpréter à travers le miroir déformant des clichés, des partis pris et d’une propagande d’autant plus insidieuse qu’elle ne veut pas dire son nom.

Et pourtant, c’est ce qui se produit, tous les jours, dans la plupart des chancelleries d’ambassade, des rédactions de journaux et des amphithéâtres d’université du monde occidental.

Pourquoi? Comment expliquer cette acrimonie et pourquoi vise-t-elle la Russie? Après tout, les Occidentaux, aussi imbus de leur supériorité soient-ils, n’ont jamais osé dépeindre la Chine avec autant de préjugés. Ni même l’Orient qu’ils ont pourtant beaucoup maltraité et caricaturé comme un « Autre » hostile.

C’est que la Russie, contrairement à la Chine, à la Mésopotamie ou à l’Egypte, n’est pas une civilisation multimillénaire qui a inventé l’écriture bien avant l’Occident. Elle n’a pas non plus été le berceau du Christ et de la Bible. La Russie, vaste terre froide et gelée, désertique et sauvage, a donc plus facilement prêté le flan à l’accusation de barbarie. »

La suite ici! Russie-Occident: une guerre de mille ans, de Guy Mettan, Éditions des Syrtes, 2015

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